Dette, Crise, Euro, c’est possible de sortir de cette spirale destructrice !

, par mcb

Intervention de Marie-Christine BURRICAND organisée par la section de Béziers avec la participation d’ Alain Morin

Je souhaite aborder les questions posées ce soir et notamment celles de l’euro au regard de l’affrontement de classe et en posant un apriori : Il est possible de sortir de la crise et pour cela il faut affirmer et mettre en œuvre la rupture avec le capitalisme pour aller vers un nouveau mode de production débarrassé de l’exploitation, le socialisme.
Ce n’est donc pas d’abord en économiste que j’aborderai le débat.

Il n’y a pas de rupture avec le capitalisme possible aujourd’hui sans se libérer des carcans des traités européens, Maastricht et Lisbonne, et de l’euro. Autrement dit pas de politique de gauche possible – retraite pleine et entière à 60 ans, sécurité sociale, emploi, salaires- sans dire Non, comme d’ailleurs les français l’avaient fait majoritairement en 2005, à la gouvernance européenne.

J’ajoute tout de suite que c’est pour moi une condition indispensable mais non suffisante. Je ne parle pas d’une sortie de l’euro pilotée par Sarkozy ou Marine Le Pen mais d’un gouvernement de Front populaire soutenu par un peuple en lutte, un gouvernement qui refuse de payer la dette et mette en œuvre un programme de réformes intense, une situation politique et sociale en France profondément nouvelle.

J’aborderai ces questions à partir de trois thèmes :

La nature de l’Union européenne et de l’euro

La nécessité d’une rupture avec ces outils non réformables, la nation comme terrain essentiel de la lutte des classes et la question de la reconquête de la souveraineté nationale et populaire

La sortie de l’euro pour contribuer à une perspective nouvelle

La Nature de l’Union européenne et de l’Euro

Mettons nous d’accord tout de suite sur les mots : l’Union Européenne n’est pas le continent européen, dont la réalité est incontestable mais une construction humaine, une structure politique et administrative contestable, voire jetable.

Vous me permettrez un détour historique qui permette de mieux comprendre la nature de la construction européenne.

Après la première guerre mondiale, les impérialismes anglais et français veulent profiter de la victoire pour se développer au détriment de l’Allemagne et leur ravir la domination industrielle sur le vieux continent. Les Etats-Unis sont liés à l’Allemagne par le biais de capitaux importants investis avant 1914dans des secteurs très modernes de l’industrie et ils veulent s’installer durablement. Les Etas-Unis vont donc peser sur la France et l’Angleterre pour préserver l’Allemagne et s’installer en Europe.

Les accords de Locarno en 1925 et le plan Young de 1929 obligent les vainqueurs de la guerre de 14/18 à renoncer à toute réparation de l’Allemagne.

Deux évènements sont considérés par l’historienne Annie Lacroix-Riz comme le point de départ de la création future de l’Union européenne et font des Etas-Unis les grands vainqueurs de la guerre.

Pour mémoire, dès 1918, les Etats-Unis préconisaient pour l’Europe « le retrait de toutes les barrières économiques et l’établissement d’une égalité des conditions de commerce parmi toutes les nations désirant la paix et s’associant pour la maintenir »…tout cela n’est pas sans rappeler la concurrence libre et non faussée et la libre circulation des capitaux.

Il faut aussi rappeler dans la construction de l’Union européenne le rôle du Comité des forges, ancêtre de l’UIMM. En 1931, André François Poncet, homme des dynasties sidérurgiques est à l’origine d’une « Commission pour le rapprochement franco allemand ». Les capitalistes français vont créer en 1926 le cartel de l’acier, ancêtre de la CECA et de l’Union européenne, dans lequel ils font la part belle au capitalisme allemand. Sur le même modèle est créé le cartel provisoire franco allemand entre KUHLMAN et IG FARBEN. Une banque sera même créée.

Après la seconde guerre mondiale, les Etats-Unis pèsent sur les pays européens avec le plan Marshall. Ils visent l’union douanière, l’ouverture du marché à leurs capitaux, l’accès aux colonies des capitalismes européens. L’Allemagne est le partenaire privilégié des Etats-Unis, un élément essentiel pour contenir l’URSS.

Robert Schuman, qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain, va avec jean Monnet imposer la CECA aux français d’abord récalcitrants. Schuman est aussi issu du Comité des forges. Le plan Schiuman est préparé dans le plus grand secret.

Le traité sera signé le 18 avril 1951. Il crée un marché commun pour le charbon et l’acier qui supprime les droits de douane et les restrictions quantitatives. La libre circulation en est un principe intangible. Six pays participent. Un des premiers effets du traité sera la suppression de 25% des effectifs de mineurs.

Le traité de Rome crée en 1957 le Marché commun de la Communauté Economique Européenne autour de l’affirmation de 4 « libertés de circulation » : marchandises, personnes, capitaux et services. Le Traité établit que la concurrence ne doit pas être faussée. Seul le PCF dénonce la mise en place d’une Europe des trusts. Le Traité facilite le dumping social et la pénétration du marché européen par les capitaux américains.

En 1978, le parlement européen est élu au suffrage universel.

En 1986, l’Acte Unique Européen consacre la libre circulation des capitaux, en 1992 le Traité de Maastricht installe la Banque Centrale Européenne et l’euro, en 2007 le Traité de Lisbonne vole le Non de 2005 à la Constitution européenne.

Ce rappel historique autorise trois affirmations :

La création de l’Union européenne n’est pas un contre poids aux Etats-Unis qui en sont les initiateurs.

L’histoire de L’Union Européenne, structure supra nationale, se confond avec la recherche incessante du capitalisme à se redéployer pour doper la surexploitation et les taux de profits. L’Union Européenne ne peut donc pas être sociale.

La construction européenne s’est faite contre les peuples et les dessaisit progressivement de leur souveraineté. La réforme des collectivités territoriales et une nouvelle étape de la confiscation de la souveraineté nationale et populaire.

L’euro n’est pas un outil neutre mais l’enfant de cette construction là. Il marque un abandon de souveraineté essentiel : les nations ont abdiqué tout pouvoir en matière de politique monétaire.
Dés 1990, des économistes soulignaient que si un gouvernement n’a pas sa propre banque centrale pouvant lui signer directement des chèques, il ne peut financer ses dépenses qu’en empruntant sur les marchés de la même manière que les entreprises, ce qui est sinon impossible du moins très cher particulièrement dans les situations d’extrême urgence, d’où des risques de crise grave.

L’euro n’a pas qu’une vocation monétaire. Il a été un prétexte pour forcer la main aux Etats, les contraindre à s’engager dans la vie fédéraliste. Il est la pièce centrale de la dictature des marchés financiers et de l’instauration d’un ordre monétaire néo libéral, la banque centrale européenne échappant à tout contrôle démocratique. Il a été conçu comme un vecteur d’accélération de la circulation du capital au service exclusif des intérêts des classes dirigeantes.

Peut-on réformer l’Union européenne et l’Euro ?

Je réponds non, car l’Union européenne n’est ni une construction populaire ni le résultat d’un rapport de force entre la classe dominante et le peuple.

L’euro et l’Union européenne sont deux outils construits par le capitalisme pour accroître sa domination, transformer l’ensemble de l’activité humaine et les ressources naturelles en grand marché libre de toute contrainte.

J’entends pas mal de camarades un peu gênés par ce débat dire : l’essentiel n’est pas de sortir de l’Union Européenne et de l’euro mais du capitalisme.

En communiste et marxiste, je pense que pour changer de système et abattre le capitalisme, il faut priver le capital de ses armes et l’Union Européenne comme l’Euro en sont , et parmi les plus importantes.

D’autres disent, il faut changer l’euro, transformer l’Union européenne, modifier le rôle de la Banque Centrale Européenne qui pourrait financer les états.

Tout d’abord, ces discours sont inaudibles pour une grande part du peuple. Que constate ce dernier : depuis l’euro le pouvoir d’achat a baissé, les plans de rigueur se sont succédés, nos usines sont parties en Tchéquie puisqu’il n’y a plus de frontières, il y a des chauffeurs routiers polonais qui travaillent pour moins de 100 euros par mois dans des conditions qu’aucun chauffeur français n’accepterait. Chaque fois que Merkeel et Sarko parlent à la télé, c’est pour nous dire de nous serrer la ceinture un peu plus et chacun voit bien que c’est Merkel qui commande. Tous ceux là qui sont une grande part du peuple ne nous entendent pas quand on leur parle de changer l’Europe et sa monnaie et nous savons bien vers quel mauvais côté leur regard se tourne.

Je fais partie des communistes qui ont toujours douté de la possibilité de transformer l’Union européenne. Aujourd’hui l’expérience montre que cela n’est pas possible.

Ainsi certains parlent d’un nouveau traité pour que la BCE achète directement des obligations des Etats. Cela apparait peu crédible dans un délai bref car pour changer les traités, il faut l’accord des 27. Comment croire que des pays dirigés par la droite ou des partis socialistes libéraux se transmutent brutalement pour mener une politique de gauche à l’échelle européenne en pleine contradiction avec leur politique nationale.

Donc je partage l’idée d’un tract de la section de Beziers, il faut faire péter l’Europe capitaliste !

Et je pense que ce sont les nations et les peuples qui bouleverseront la donne en reprenant leur souveraineté avec l’effet boule de neige que cela peut avoir !

Donc, identifions derrière la question de l’euro et de l’Union européenne un débat qui n’est pas d’abord financier ou économique mais stratégique : Quel est le cadre le plus favorable au combat de classe et à la Révolution ? Je réponds la nation.

Aucun gouvernement ne pourra mener une politique de rupture réorientant les financements et la politique monétaire sans retrouver sa souveraineté, notamment sa souveraine té monétaire.

Refusons que l’empire européen ou mondial se substitue à la coopération nécessaire entre nations souveraines à l’échelle qu’elles décideront.

En abandonnant la souveraineté nationale et populaire pour l’intégration européenne, l’adhésion au PGE, le PCF a tourné le dos à son histoire ce qui n’a pas été le cas de tous les pC d’Europe (Cf KKE et PC portugais entre autres).

Peut-on sortir de l’euro ?

Je lis sous la plume de divers responsables communistes et hommes politiques que sortir de l’euro serait « une erreur pour la France et pour l’Europe », « une tentation illusoire car la pression des marchés serait accrue », « un mirage dangereux ».

Et y rester qu’est ce que cela serait ?

Plusieurs économistes, dont Jacques Sapir, considèrent que le maintien dans la zone euro aura pour conséquences : Un surcroît d’austérité en raison des chocs budgétaires qu’il faudrait s’auto imposer pour sauver l’euro, une faible croissance, la poursuite de la désindustrialisation.
Au plan politique, avec la mise en place directe de leurs hommes en Italie et en Grèce, on comprend que les dirigeants européens ne reculeront devant aucune attente à la liberté des peuples pour parvenir à leurs fins.

Enfin, nous voyons bien que la fracture politique grandit entre la classe politique unanime à défendre l’euro à l’exception du FN et le peuple, avec tous les risques que cela comporte.

Plusieurs économistes expliquent comment sortir de l’Euro d’un point de vue institutionnel et éconmique et je vous renvoie aux différents articles concernant cete question qui ont l’avantage de montrer que cela ne serait pas le chaos.

Mais d’un point de vue communiste, sortir de l’euro est d’abord une question politique, la création d’un rapport de force fait de luttes et de débats qui pourrait se concrétiser par l’expression de la souveraineté nationale.

Notons qu’un tel événement bousculerait beaucoup plus la donne que n’importe quel résultat de l’élection présidentielle en mai 2012.

Le peuple reprendrait en quelque sorte ce qu’on lui a volé en 2005 et une situation nouvelle serait créée en France , en Europe et dans le monde, une situation en quelque sorte révolutionnaire en tous cas porteuse de ruptures et de bouleversements au profit des peuples !

C’est pourquoi, un telle situation devrait s’accompagner des décisions suivantes :

Nationalisations des banques sans contre parties avec contrôle parlementaire et populaire pour les milliards reçus en 2009
Refus d’honorer la dette compte-tenu des intérêts déjà payés
Dénonciation de l’euro, retrait des traités de Maastricht et Lisbonne, réappropriation de la souveraineté nationale et populaire
Retour à une banque de France capable d’avoir une politique monétaire indépendante
Sortie de l’Otan, bras armé du pillage colonialiste et du bellicisme pour reconstruire une politique extérieure au service de la paix et du désarmement nucléaire
Refondation d’un service public orienté vers les besoins des citoyens avec une volonté de démocratisation par et pour le peuple.

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