Les moyens et le sens d’une politique de solidarité

, par mcb

Intervention de Marie-Christine Burricand sur la Délib 3254

Monsieur le Président, chers collègues,

Cette délibération a suscité de nombreuses interventions dans notre commission développement solidaire et action sociale et bien peu d’enthousiasme, même chez ceux qui l’ont finalement approuvée.

La crise sociale et politique que traverse notre pays n’y est pas surement pas pour rien. Elle a mis sur le devant de la scène, la réalité vécue de millions de citoyens -bien au-delà des gilets jaunes- disent cette réalité terrible, nous ne pouvons plus vivre de notre travail parce qu’il est mal rétribué et pendant que nous sommes contraints de renoncer à nos aspirations et nos besoins, une minorité continue de s’enrichir soutenue par ce gouvernement qui a supprimé l’ISF. Voilà des années qu’on explique aux gens que le problème serait le coût du travail, mais c’est bien le coût du capital qui est sur la sellette.

Nous ne contestons pas le bien-fondé de la décision du gouvernement de lancer une stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté ni la volonté de la Métropole d’y candidater comme territoire démonstrateur et donc de bénéficier des crédits supplémentaires qui en découleront. Nous nous interrogeons par contre sur les effets réels de ce qui est annoncé au regard des besoins, sur cette manie de « l’establishment politique » d’habiller de technocratie et de grandes intentions cette terrible réalité d’une pauvreté qui s’étend en France, sans que ne soient réellement déclinés des actions concrètes et sans qu’on s’attaque au fond des problèmes : les ressources insuffisantes (salaires, retraites, minima sociaux), l’affaiblissement des services publics pourtant facteurs potentiels d’égalité, la remise en cause de la sécurité sociale entre autres.

La délibération évoque l’inégalité de destin, mais celle-ci se nourrit d’abord des inégalités de classe en France mais aussi pour ceux qui sont contraints de fuir leur pays et de chercher refuge ici.

Ce plan s’engage à garantir quotidiennement les droits fondamentaux des enfants, c’est très bien mais ces droits ne passent-ils pas d’abord par le soutien aux parents et le droit de chacun de travailler et gagner dignement sa vie ? Et le droit des enfants à se soigner est-il garanti quand on demande à l’hôpital public de faire 900 millions d’euros d’économie en 2019 ?

Nous lisons aussi l’engagement d’assurer à tous les jeunes un parcours de formation leur permettant d’acquérir des compétences et de prendre leur indépendance mais Parcours sup et la réforme du baccalauréat s’inscrivent-elles dans ces objectifs ? Cela ne semble pas être l’avis des lycéens qui manifestaient nombreux ce dernier vendredi.

Et reconnaissez Monsieur le Président, que cette formule d’introduction au 5ème paragraphe « Loin de se réduire à une logique de soutien aux revenus » est un peu malencontreuse dans la période ; Car ces derniers mois ne sont pas vraiment démonstratifs d’une volonté de soutenir les revenus que ce soient les salaires, les minimas sociaux ou les retraites et que c’est justement cela qui provoque la colère de ceux qui glissent vers la pauvreté ...

Nous lisons aussi que l’augmentation des politiques sociales n’ont pas fait reculer la pauvreté dans notre société, force est de dire qu’elles se sont heurtées aux politiques gouvernementales successives qui allait en sens inverse !
Le coût de « l’assistance aux plus riches » (niches fiscales et sociales) pourrait être de l’ordre de 150 milliards d’euros par an hors fraude et évasion fiscales, et de l’ordre de 250 à 300 milliards au moins en incluant ces deux derniers coûts. L’aide sociale et les minima sociaux coûtent seulement 70 milliards d’euros par an aux finances publiques soit 3% du PIB. Et la suppression de l’ISF représente 3,2 milliards d’euros par an en moins de rentrées fiscales ; Au final, qu’est ce qui coûte cher aux pays ?

Et que dire de l’affirmation parfaitement gratuite que la mobilisation des acteurs de terrain est indispensable car eux seuls disposent de la connaissance des réalités locales quand ce gouvernement prévoit d’enlever aux communes 13 milliards d’euros dans son quinquennat ?

Le collectif Alerte qui regroupe 37 fédérations et associations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion, déclaraient à l’annonce de ce plan « La stratégie de lutte contre la pauvreté...comprend des mesures intéressantes mais elle n’englobe pas tous les publics concernés » Ce même collectif se félicitait des mesures annoncées concernant les enfants notamment la petite enfance, l’obligation de formation pour les jeunes jusqu’à 18 ans, la lutte contre les sorties sèches de l’ASE par une contractualisation avec les départements ou métropoles, les efforts pour l’insertion, pour une complémentaire élargie.
Mais il disait aussi son inquiétude « ...Les mesures annoncées demeurent insuffisantes pour corriger les effets néfastes antérieurs sur lesquels la stratégie pauvreté ne revient pas : baisse drastique des contrats aidés, diminution des APL, fragilisation des bailleurs sociaux, augmentation de la CSG, annonces sur la non indexation de certains minima sociaux alors que l’inflation accélère. Ces mesures ont notamment un impact sur la pouvoir d’achat des ménages modestes et pauvres que la stratégie ne corrige pas. »

Et il ajoutait « les budgets importants annoncés (8,5 milliards) peuvent aboutir à un résultat nul si des financements sont baissés par ailleurs, comme c’est le cas actuellement concernant l’hébergement...le logement étant par ailleurs peu présent dans les propositions. »

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion, l’exigence de solidarité ne peuvent se limiter à un plan alors même que l’ensemble des mesures gouvernementales conduisent à ce que le nombre de personnes pauvres continuent d’augmenter dans notre pays, de plus un plus de salariés et leurs familles rentrant d’ailleurs dans cette catégorie. Il y a une part de perversité à appeler les collectivités à s’engager dans des plans contractuels alors même que ce gouvernement sait qu’elles seront en première ligne dans la lutte contre la pauvreté et qu’ils n’hésitent pas à les priver de moyens, voire à les contraindre à abandonner une part de leur mission avec une contractualisation qui vise à faire baisser les dépenses publiques.

On ne peut pas prendre toujours plus aux plus modestes et en laisser toujours plus aux plus riches tout en prétendant réduire la fracture sociale ; Nous nous abstiendrons sur cette délibération.

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